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Comment la douleur se transmet-elle dans notre corps ?

La douleur naît d'un voyage en deux temps. Premier temps : un trajet en 3 neurones et 2 synapses — comme un voyage en TER, puis TGV, puis RER — qui transporte le signal nociceptif du tissu jusqu'au cortex cérébral. Ce signal porte deux informations : intensité et localisation. Deuxième temps : l'arrivée au stade, où le signal rencontre les pensées (cortex préfrontal), les émotions (système limbique), les souvenirs (hippocampe) et les comportements (cortex moteur). C'est cette transformation qui fait passer la nociception à la douleur consciente — une expérience unique pour chaque personne.

1 — Rappel : notre système nerveux

Il existe deux systèmes nerveux dans notre corps :

  • Le système volontaire — celui dont nous sommes conscients
  • Le système végétatif — celui qui agit en dehors de notre volonté (battement du cœur, digestion, diamètre des pupilles…)

Le système volontaire comprend lui-même deux parties :

  • Un système moteur : qui nous permet de bouger, de réagir aux stimulus (se mettre à l'ombre s'il fait trop chaud, par exemple)
  • Un système sensitif : qui nous permet de ressentir notre environnement pour nous y adapter au mieux

Les informations sensitives peuvent être neutres, agréables (une caresse, un massage) ou désagréables — c'est dans cette dernière catégorie qu'on trouve la douleur, qui n'est donc qu'une partie de nos sensations.

2 — 🚆 La métaphore du grand match

Imaginons deux régions en France qui ont chacune une équipe sportive. Ces deux équipes doivent s'affronter en finale d'une compétition au Stade de France à Paris. Les supporters de chaque équipe vont venir des deux régions, en transports en commun.

Ils quittent leur domicile et vont en TER jusqu'à la grande gare la plus proche de chez eux. Là, ils prennent le TGV vers Paris pour arriver, mettons gare Montparnasse pour l'équipe 1 et gare de Lyon pour l'équipe 2. Puis ils prennent un RER pour se rendre au Stade de France, où aura lieu la finale.

Une fois arrivés au Stade de France, les deux équipes de supporters sont placées dans une partie spécifique du stade. Les supporters sont bien en forme, impatients que le match commence.

Le match commence et les supporters vibrent aux différentes phases du jeu — ils rient, pleurent, s'agitent… À la fin, l'équipe gagnante laisse éclater sa joie, alors que la perdante montre sa peine, voire sa douleur.

3 — 🔍 Le décodage

Nous avons là de nombreuses analogies avec la douleur.

3.1 — Le trajet : c'est le cheminement du signal

Le trajet vers le Stade de France en 3 trains et 2 grandes gares ressemble comme deux gouttes d'eau au trajet du signal douloureux vers le cerveau.

🚆 Dans la métaphore🧠 Dans le corps
TER1er neurone qui chemine du tissu vers la moelle épinière (ME)
Gare régionale1re synapse au niveau de la corne dorsale médullaire
TGV2e neurone de la ME vers le thalamus (relais majeur au sein du cerveau)
Gare Montparnasse, gare de Lyon2e synapse au niveau du thalamus
RER3e neurone qui se dirige vers le cortex sensoriel
Placement des supporters par régionFibres classées dans le cortex sensoriel selon l'origine des fibres (tête, mains, pieds…)
Nombre de spectateursIntensité du signal
Zone du stadeLocalisation de la douleur
Schéma du trajet des supporters : domicile, TER, gare régionale, TGV, gare parisienne, RER, Stade de France
Le voyage des supporters : domicile → TER → 1re gare → TGV → 2e gare → RER → Stade Illustration : douleurchronique.fr

À ce moment, on a un signal que l'on nomme NOCICEPTION. Mais le match n'a pas encore commencé.

3.2 — Le match : c'est le codage du signal

Le match commence, et c'est là que le signal nociceptif va se transformer en douleur — du fait de l'entrée en jeu des pensées, des émotions et des comportements.

⚽ Dans la métaphore🧠 Dans le corps
Les supporters rient, pleurentSystème limbique crée les émotions
Ils se remémorent les anciens matchsHippocampe active les souvenirs
Ils analysent les phases de jeuCortex préfrontal construit les pensées
Ils tendent les bras, crient, sautentCortex moteur déclenche les comportements
Le vaincu (peine, défaite)Patient douloureux
Le match transforme toutLa nociception devient DOULEUR
Illustration des supporters : quatre joyeux à gauche (vainqueurs), quatre tristes à droite (vaincus)
La même fin de match, deux expériences opposées pour le même match — l'équipe gagnante laisse éclater sa joie, alors que la perdante montre sa peine, voire sa douleur. Illustration : douleurchronique.fr

La douleur est ainsi l'expérience consciente, subjective, unique pour chaque personne.