Définition — IASP 2020
La douleur est une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, associée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle, ou décrite dans des termes impliquant une telle lésion.
La nociception est le processus neurophysiologique de détection et de transmission des stimuli potentiellement nocifs. La douleur est l'expérience subjective qui en résulte — elle implique obligatoirement une composante émotionnelle et cognitive.
Un stimulus peut être nociceptif sans provoquer de douleur, et inversement une douleur peut exister sans stimulus nociceptif identifiable.
Fibres nerveuses
Les signaux nociceptifs sont véhiculés par deux types de fibres afférentes primaires — leur différence de vitesse de conduction explique la double sensation douloureuse : une première douleur vive et précise, suivie d'une douleur diffuse et prolongée.
Les fibres C arrivent dans les couches I et II de la corne dorsale (récepteurs opioïdes) et la couche V (douleurs viscérales et musculaires). Les fibres Aδ arrivent en couches I et V.
Canaux ioniques
Les canaux ioniques des nocicepteurs sont les cibles de nombreux médicaments antalgiques.
Niveau médullaire — Corne dorsale
La corne dorsale de la moelle épinière est le premier relais de traitement des informations nociceptives. Elle est organisée en couches de Rexed (I à VI), chacune recevant des afférences spécifiques.
Voies ascendantes
Après le relais médullaire, les informations nociceptives remontent vers le cerveau via deux voies principales, croisées du côté opposé à la stimulation.
- Fibres Aδ et C
- Organisation spatiale précise
- Thalamus ventropostérolatéral (VPL)
- Composante sensoridiscriminative — localise et qualifie la douleur
- Fibres Aδ et C
- Relais dans la substance réticulée
- Thalamus médial
- Composante cognitive et émotionnelle — la souffrance
Parallèlement aux voies de la douleur, la voie cordonale postérieure véhicule le tact fin, la proprioception et la vibration — sans croisement médullaire, avec relais bulbaire. Cette distinction anatomique explique certains syndromes neurologiques dissociés.
Relais corticaux
Après le thalamus, le signal nociceptif se distribue à plusieurs zones corticales — c'est cette intégration multirégionale qui explique la richesse et la complexité de l'expérience douloureuse.
Cellules de la douleur
- Neurones et interneurones — les acteurs principaux de la transmission
- Cellules gliales — 70% des cellules du SNC. Nourricières et protectrices, elles participent activement à la chronicisation de la douleur par neuroinflammation
- Kératinocytes — cellules de l'épiderme jouant un rôle actif de perception sensorielle via les récepteurs TRPV3 et PGE2
- Mastocytes — libèrent histamine, sérotonine et prostaglandines lors d'une inflammation — abaissent le seuil de déclenchement des nocicepteurs