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Qu'est-ce qu'une douleur pelvi-périnéale chronique ?

Les douleurs pelvi-périnéales chroniques (DPP) sont des douleurs persistantes du petit bassin et du périnée (urètre, vagin, anus, testicule, pénis) aux causes multiples souvent intriquées : névralgies pelvi-périnéales (pudendale, clunéale, ilio-inguinale, ilio-hypogastrique, génito-fémorale, obturatrice), syndromes myofasciaux du plancher pelvien, abdomino-pelvien ou fessier, syndrome de Maigne (origine lombaire), dans les suites plus ou moins proches d'événements médicaux, chirurgicaux ou obstétricaux. Leur évolution dépasse souvent l'organe à travers lequel elles s'expriment — c'est le syndrome douloureux pelvien complexe. Le diagnostic de la névralgie pudendale repose sur les critères de Nantes (Labat, Riant, Robert — CHU de Nantes, 2008). Approche multimodale indispensable. Synthèse du Dr Philippe Rault, ex-CETD CHU Dijon.

Sommaire
  1. Diagnostic
  2. Hypothèses étiologiques
  3. Névralgie pudendale — critères de Nantes
  4. Syndrome myofascial du plancher pelvien
  5. Syndrome de Maigne
  6. Projet thérapeutique

Diagnostic

Les douleurs pelvi-périnéales chroniques partagent des caractéristiques cliniques évocatrices, indépendamment de leur cause précise (nerveuse ou musculaire). Reconnaître ces signes permet d'orienter rapidement le diagnostic et d'éviter l'errance médicale, fréquente dans ce domaine.

Signes évocateurs

Le tableau clinique typique

  • Douleur en position assise, soulagée debout ou sur le siège des toilettes
  • Localisation périnéale, anale, pénienne, vulvaire ou clitoridienne
  • Caractère neuropathique fréquent — brûlures, décharges, picotements, engourdissement
  • Sensation de corps étranger intracavitaire (rectale, vaginale)
  • Aggravation au cours de la journée
  • Nuit habituellement indolore (signe important)
  • Dyspareunie superficielle ou profonde
  • Troubles mictionnels associés (pollakiurie, brûlures)

Lorsque ce tableau s'installe et persiste au-delà de 3 à 6 mois, on parle de douleur pelvi-périnéale chronique (parfois écrite pelvipérinéale). Ces douleurs ont des causes multiples souvent intriquées — c'est pourquoi leur évolution dépasse souvent l'organe à travers lequel elles s'expriment (concept de syndrome douloureux pelvien complexe).

Hypothèses étiologiques

1. Traumatismes

  • Fractures de proximité : bassin, aile iliaque, branches ilio/ischio-pubiennes, cotyle, sacrum, coccyx
  • Fractures à distance : membres, crâne — qui peuvent retentir sur la posture et le bassin
  • Entorses, luxations, sports extrêmes, accouchements difficiles

2. Événements iatrogènes

Lorsqu'elles surviennent sur un terrain prédisposant, certaines interventions pelvi-périnéales peuvent faciliter l'apparition de douleurs chroniques : chirurgie hémorroïdaire, fissures et fistules anales, abcès, chirurgie prostatique, cures de prolapsus, pose de bandelettes sous-urétrales, examens médicaux invasifs, accouchements compliqués.

3. Aspects émotionnels et cognitifs

Le stress, l'angoisse et l'inquiétude peuvent concourir à expliquer des symptômes comme la constipation, la dysurie ou la dyspareunie.

Névralgie pudendale — critères de Nantes

La névralgie pudendale, parfois appelée névralgie d'Alcock (du nom du canal anatomique où passe le nerf), correspond à une atteinte du nerf pudendal — le principal nerf sensitif et moteur du périnée. Son diagnostic repose sur les critères de Nantes, établis par Labat JJ, Riant T. et Robert R. (CHU de Nantes).

Référentiel diagnostique

Les 5 critères indispensables — Labat, Riant, Robert

  • Douleur dans le territoire du nerf pudendal (anus, clitoris, verge). Exclut les douleurs uniquement coccygiennes, sacrées, fessières, pubiennes ou hypogastriques. La douleur peut irradier vers ces zones.
  • Douleur prédominant en position assise, soulagée sur le siège des toilettes.
  • Nuit indolore.
  • Testing sensitif et moteur normal. Devant tout déficit sensitif, penser à une atteinte radiculaire ou plexique sacrée (syndrome de la queue de cheval).
  • Bloc du nerf pudendal positif.

Sans ces 5 critères réunis, le diagnostic est à reconsidérer.

Syndrome myofascial du plancher pelvien

Les douleurs pelvi-périnéales sont intriquées avec des contractures musculaires réalisant un syndrome myofascial du plancher pelvien. Les muscles concernés sont l'élévateur de l'anus, l'obturateur interne, le moyen fessier, le piriforme et les coccygiens.

Le mécanisme général, les caractéristiques de la douleur référée et les principes de prise en charge sont détaillés dans la fiche dédiée : Douleur myofasciale et points gâchette →

Syndrome de Maigne

Le syndrome de Maigne résulte d'une souffrance des articulations T12-L1. Il génère des douleurs référées au niveau du pli inguinal, de la fesse, du périnée ou du pubis. Le diagnostic se fait par palpation paravertébrale dorso-lombaire reproduisant la douleur projetée.

Projet thérapeutique

La prise en charge est multimodale et adaptée au mécanisme prédominant (neuropathique, myofascial, ou mixte).

Axe fondamental

L'approche cognitive et émotionnelle

L'approche cognitive et émotionnelle est un pilier fondamental du projet thérapeutique. Le stress, l'angoisse et l'inquiétude entretiennent la composante musculaire et perpétuent la douleur. Les techniques psychocorporelles — hypnose et auto-hypnose, EMDR, thérapies cognitivo-comportementales, relaxation, communication thérapeutique — permettent au patient de reprendre la main sur son corps et sur ses douleurs.

Traitement médicamenteux

Approches physiques

  • Kinésithérapie spécialisée du plancher pelvien — relâchement myofascial, désensibilisation
  • Dry Needling sur les points gâchette accessibles
  • TENS
  • Photobiomodulation

Infiltrations et techniques avancées

  • Bloc anesthésique du nerf pudendal — à visée diagnostique (critère de Nantes) et parfois thérapeutique
  • Infiltration des points gâchette sous repérage échographique
  • Neuromodulation — discutée dans les formes réfractaires